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1724° Section de la Haute Vallée de la Saône et de Bains-les-Bains

1724° Section de la Haute Vallée de la Saône et de Bains-les-Bains

Disparition de M. MATHIEU

88-Vosges

Monsieur Roger MATHIEU, membre de la 1724ème section des titulaires de la Médaille Militaire de la Haute Vallée de la Saône et de Bains les Bains, figure de l’Ouest vosgien du monde combattant, des anciens résistants déportés et des élus locaux, vient de nous quitter.

Né le 10 avril 1923 à Cornimont, Monsieur Roger MATHIEU, après des études primaires à l’école communale et ayant obtenu son certificat d’études à 13 ans, entre, comme tisserand, aux Etablissements textiles des Héritiers Georges PERRIN.

En 1941, sur les conseils des services administratifs de l’usine, il intègre la société BRIOT de Cornimont, en qualité d’électricien.

A partir de mars 1943, il est requis pour le Service du Travail Obligatoire, le STO, coopération à l’effort de guerre nazi instituée par Vichy. Comme beaucoup de jeunes français, refusant cette réquisition, il décide, avec 2 camarades requis comme lui pour le STO, de rallier les Forces Françaises Libres du Général De Gaulle en Angleterre via l’Espagne.

Ce choix du passage par l’Espagne qui, aujourd’hui peut étonner, mais qui dans le contexte de l’époque, si il est, certes, le plus réaliste, n’est pas forcément sans embuches et pas nécessairement le plus simple. Combien de jeunes français, à la recherche du chemin pour Londres, durent, après une capture par la police espagnole, séjourner de longs mois dans les geôles ibériques. Fort heureusement, dans la majorité des cas, le séjour se terminait par une remise entre les mains du consul de la France libre, antichambre de l’Angleterre ou de l’Afrique du Nord.

Combien de jeunes patriotes français désirants rejoindre les Forces Françaises Libres du Général De Gaulle sont passés par cette voie ?

Depuis le débarquement des alliés, en Afrique du Nord, les Allemands occupent la France entière. Pour éviter le passage de nombreux jeunes français vers l’Espagne, surtout, depuis l’instauration du Service du Travail Obligatoire, les Allemands interdisent, particulièrement, l’approche de la frontière espagnole.

C’est le 19 mars 1943 que nos 3 jeunes patriotes seront arrêtés par la gestapo, à quelques kilomètres, seulement, de la frontière espagnole.

Enfermés à Hendaye puis transférés au fort du Hà à Bordeaux, prison sinistrement célèbre, ils subiront des interrogatoires musclés de la Gestapo. Les SS étaient persuadés que la tentative d’évasion de nos 3 vosgiens s’inscrivait dans un ensemble beaucoup plus vaste. La Gestapo voulait leur faire avouer une appartenance à un réseau alors que leur démarche était purement individuelle !

Ce n’est qu’après 3 semaines d’interrogatoires musclés que la Gestapo, se rendant à l’évidence, conclura à un acte de résistance individuel et ordonnera leur transfert vers la très célèbre prison de Compiègne Royallieu : point de regroupement des résistants français en partance pour les camps d’extermination.

Compiègne Royallieu fut pour les résistants ce que fut Drancy pour les Juifs.

C’est le 6 mai 1943 que Mr MATHIEU partira pour un destin qu’il était loin d’imaginer. Entassés dans des wagons à bestiaux, une centaine de personnes par wagon, ils débarqueront dans un camp situé près de Berlin, après 3 jours d’un voyage vers l’inconnu, d’un voyage vers un univers insoupçonné, voyage dont les conditions laissaient déjà entrevoir les marques de l’inhumanité érigée en système d’extermination imaginé par les nazis !

Mr MATHIEU venait de débarquer au camp de concentration d’Orianenburg Sachsenhausen, situé à une trentaine de kilomètre au nord de Berlin, qui comptait 35000 détenus provenant de tous les horizons européens. Cette population, destinée en priorité à pourvoir en main d’œuvre la machine de guerre nazie, était répartie dans 44 Commandos satellites, implantés à proximité des usines et où les déportés étaient astreints au travail forcé : plus de 12 heures par jour sans nourriture et sans soins. C’est ainsi que, Mr MATHIEU a été affecté au commando Heinkel attaché à la fameuse usine d’Aviation du même nom.

Pour les détenus des camps de concentration en plus des privations, des fatigues accumulées par les travaux forcés, des manques de soins, des brimades de toutes sortes ils subissent, indirectement la pression des bombardements alliés destinés à démanteler la machine de guerre allemande. Ces bombardements feront de nombreux morts et blessés parmi les déportés plus de 250 morts à la suite des bombardements de l’usine Heinkel du 22 avril 1944. Paradoxe suprême, si ces bombardements sont, certes, redoutés, ils sont, ardemment souhaités: sans eux pas de salut.

Le travail dans les usines favorisait le côtoiement des déportés avec des civils allemands qui, informés du déroulement de la guerre, et dont certains immanquablement, le retransmettait aux déportés.

C’est ainsi qu’ils ont appris le débarquement du 6 juin 1944 des alliés en Normandie. Cette formidable nouvelle représentait, pour les déportés, une grande lueur d’espoir.

Le 14 juillet 1944, départ vers une nouvelle destination qui deviendra sinistrement célèbre : Dachau. Trois jours de voyage effectués dans des conditions inimaginables : 100 détenus par wagon, sous une chaleur torride. De nombreux déportés, épuisés par tant de privations, ne résistent pas à cette épreuve. 6 morts dans le wagon de Mr MATHIEU. Notre ami est affecté au commando, situé à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Dachau à Augsbourg, attaché à la firme Messerschmitt.

Le temps passant, les forces de notre camarade s’amenuisent inexorablement, mais sa rage de survivre, sa foi en son destin, sa soif de revoir Cornimont sont des motifs suffisants pour l’aider à tenir et à se cramponner à la vie !

Le 22 avril 1945, pressés par l’avance des troupes américaines, les geôliers du commando décident l’évacuation en vue de rallier le camp de Dachau. Un convoi de 1200 détenus est formé. C’est à marche forcée de jour avec pose la nuit que le convoi fuit devant les alliés. Les SS devenant très nerveux car ne supportant aucune entrave dans leur fuite vers l’Est, les malheureux trainards, les éclopés en fin de colonne, retardataires dans la progression, deviennent des proies faciles, ils sont abattus d’une balle dans la nuque. 300 déportés sur les 1200 de la colonne seront ainsi sacrifiés !

Le matin du 28 avril, les survivants de la colonne se rendent compte que leurs cerbères se sont volatilisés durant la nuit et se retrouvent, ainsi, libérés de fait !

Les plus valides partent à la recherche d’assistance. Mr MATHIEU ne peux même pas savourer le fait d’être enfin libre car, épuisé, à bout de forces, il sombre comme évanoui. Etait-ce un profond sommeil réparateur ou bien le début d’un sommeil plus définitif ? Dieu seul le sait !

Heureusement, solidarité oblige, des camarades plus vaillants sont revenus avec les libérateurs. C’est alors que notre ami est découvert au pied d’un arbre, respirant encore. Selon son témoignage, il pense que, sans cette intervention, il serait peut-être mort ce jour-là !

Avec une dizaine de Français Mr MATHIEU est resté sur place, sans informations et surtout sans nouvelles des services de libération français, mais fort heureusement toujours contrôlés et assistés par les Américains, jusqu’ au 23 mai soit un mois après sa libération!

Puis par hasard, le chef d’un camion de la Croix Rouge suisse, ayant pour mission de rapatrier des prisonniers français libérés vers la France, a remarqué nos 10 français toujours en tenue rayée de déporté. Après leur avoir demandé et compris les raisons de leur attente, il décide de les charger sur son véhicule et de les rapatrier vers Strasbourg où ils seront pris en charge par la Croix Rouge française.

Mr MATHIEU venait de retrouver la terre de France !

Puis, le 27 mai 1945, toujours sous le contrôle de la Croix Rouge française il est rapatrié sur Nancy d’où il prendra le train en direction d’Epinal.

Pour l’anecdote, la tante de Mr MATHIEU, l’attendant à la gare d’Epinal et cependant prévenue par le speaker de l’arrivée de son neveu, ne le reconnaitra pas parmi les voyageurs.

Il sera réceptionné par les services médicaux de la Croix Rouge. Après une dernière visite médicale et compte-tenu de l’état de santé de Mr MATHIEU, les services sanitaires décident son départ en urgence vers l’hôpital de Nancy.

Admis en pneumologie de l’hôpital de Nancy, il y sera soigné pendant 4 mois pour une tuberculose très sévère avec ensuite un séjour au sanatorium de Lay St Christophe. Le 6 novembre 1945 il sera dirigé vers le sanatorium de Munster. Il en sortira le 6 novembre 1946 pensionné à 100%.

Ce n’est donc que le 6 novembre 1946 qu’il rentrera à Cornimont après une absence de 3 ans et 10 mois dont plus de 2 ans en univers concentrationnaire, fait très exceptionnel !

Revoir Cornimont qui avait été sa raison de résister, sa raison de s’accrocher à la vie, devenait enfin une réalité !

Grand invalide de guerre Mr MATHIEU n’a jamais pu reprendre une activité professionnelle.

Après de nombreuses hospitalisations et de nombreux passages devant les Centres de Réforme de Nancy et Paris Mr MATHIEU a obtenu une pension militaire d’invalidité définitive.

Grand invalide de guerre Mr MATHIEU n’a jamais pu reprendre une activité professionnelle.

Toutefois, en 1957 il acquiert un commerce à Attigny qu’il tiendra avec son épouse Marcelle.

Elu conseiller municipal, il deviendra Maire du village durant 2 mandats (1965-1977).

Voilà en quelques mots, en quelques phrases, l’épopée de Mr MATHIEU qui vient de nous quitter.

Monsieur Roger MATHIEU est

Officier le Légion d’Honneur

Titulaire de la Médaille Militaire

Croix de guerre 1939/1945 avec Palme

Croix du combattant volontaire avec agrafe 39/45,

Croix du combattant volontaire de la Résistance,

Croix du combattant,

et détenteur du Titre de reconnaissance de la nation.

En raison des contraintes sanitaires, l’hommage qui devait lui être rendu par le monde combattant, lors de ses obsèques célébrées le 28 novembre 2020 en l’église d’Attigny, sera reporté à une date ultérieure et organisée au cimetière de Cornimont, où ses cendres ont été déposées dans le caveau familial le 2 décembre 2020.

Pierre OLIVIER

Secrétaire de la 1724ème section.

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